J'étais un frère de beaucoup de frères et soeurs. Mon père et ma mère étaient bons, animés par un amour profond.
Un jour, le père nous conduisit à un joyeux banquet. Mes frères étaient gais. Moi seul, j'étais triste. Mon père s'approcha de moi et m'invita à goûter de ces mets savoureux. Mais je ne pouvais pas. Il se mit en colère et me chassa de sa vue. Le coeur plein d'un amour infini pour ceux qui en faisaient fi, je portai mes pas ailleurs. J'errai dans une contrée lointaine. Des années durant, la plus grande douleur et le plus grand amour se mêlèrent en moi. Alors me parvint la nouvelle de la mort de ma mère. Je revins en hâte pour la voir et mon père, attendri par le chagrin, ne m'empêcha pas d'entrer. Lorsque je vis sa dépouille, les larmes coulèrent de mes yeux. Elle nous avait recommandés par un voeu de lui survivre comme au bon vieux temps, ainsi qu'elle avait vécu elle-même, et ainsi que je la voyais reposer.
Dans le deuil, nous suivîmes sa dépouille jusqu'à ce que le cercueil soit enceveli. A compter de ce jour, je repris place dans la maison. Mon père me reconduisit comme par le passé dans son jardin favori. Il me demanda s'il me plaisait. Mais ce jardin me répugnait tout à fait et je n'osai rien dire. Alors, mon père s'emporta et me demanda pour la deuxième fois si le jardin me plaisait. Je répondis non, en tremblant. Mon père me battit et je m'enfuis. Et, le coeur plein d'un amour infini pour ceux qui en faisaient fi, je portai mes pas ailleurs une deuxième fois. J'errai dans une contrée lointaine. Je chantai des lieder durant de longues, longues années. Voulais-je chanter l'amour, celui-ci se changeait pour moi en douleur. Et voulais-je rechanter la douleur, celle-ci se changeait pour moi en amour.
Amour et douleur se mêlaient en moi.
Un jour me parvint la nouvelle qu'une pieuse jeune fille venait de s'éteindre. Un cercle se formait autour de sa tombe, dans lequel des jeunes gens et des vieillards se promenaient sans fin comme dans la béatitude. Ils parlaient doucement pour ne pas éveiller la jeune fille. Des pensées célestes semblaient continuellement jaillir de la tombe de la jeune fille vers les jeunes gens comme de légères étincelles produisant un doux murmure. Alors je souhaitai m'y promener moi aussi. Mais seul un miracle, disaient les gens, me permettrait de m'y introduire. Je m'avançai à pas lents, dans la foi et le recueillement, les yeux baissés vers la tombe et, avant même d'en avoir pris conscience, j'étais dans le cercle, d'où émanaient des sons merveilleux ; et j'éprouvai la béatitude éternelle comme ramassée en un instant. [fin de la lettre, prise dans la traduction de Prod'homme] Je vis aussi mon père réconcilié et aimant. Il m'entoura de ses bras et pleura. Mais moi je pleurai plus encore.
Franz Schubert, 3 juillet 1822.
lundi 28 mai 2012
EXPOSITION: le camp de Rivesaltes à La Courroie, Entraigues (84)
Une exposition-installation remarquable par une artiste, Nicole Bergé, dont le regard a rendu vie aux objets abandonnés sur le site du camp de Rivesaltes. Sur le site de la Courroie : www.lacourroie.org et contact pour visiter l'exposition.
Généalogie de l'algue, Jean-François Agostini
Ne pas croire cela si facile en fin de mai
d'écrire à cause des jours plus longs et de la
lumière partout derrière les vitres propres
jusque sur le filandre pendant de la poutre
La gravure de (maria) maddalena
s'incruste dans le mur à force de lectures
imparfaites peut-être faut-il y entendre
quelque chose comme la ligne musicale
-plutôt qu'une fantasia ou qu'une écriture
primitive ) d'un très lent plissement de dune
au bord d'un paysage se renouvelant
à l'identique lors des césures du vent
et celui-là en hommage à James Sacré
Les jours d'octobre
Le chasseur d'oeil change de
tête mais son masque d'où ne percent regards
demeure même
Assis dans la vaguement verte
on écoute la brise lente parcourir
un paradis de poussières - posé sur le
sable dans l'ombre d'une chaise longue à l'os
sature oxydée - qu'après nager on lira
Le chien sans laisse un chemin à l'oiseau perdu
Un geste démarre le corps allégé de
peu penser
On flotte comme une planche molle
épouse les flottements du pays marin
Un filet de sel enserre les mots pliés
J.F. Agostini, Généalogie de l'algue, éditions Jacques Brémond
samedi 26 mai 2012
LES FELOS encore, et le carnaval...
"Je pense à des carnavals qui m'emportent
Et qui n'existent plus
Où moi j'ai vécu. Je voudrais venir
Dans un costume de mots
Pour dire à mon village
Qu'on se demande encore, à des endroits qui lui ressemblent
(Châtaigniers, la pluie, quelques paysans),
D'où on vient, qui on est? Personne a jamais trop su,
Quel sens et pas de sens
En de vieux gestes continués
Parmi ceux de la modernité?"
James Sacré, Si les felos traversent par nos poèmes? ed.J.Brémond
Et qui n'existent plus
Où moi j'ai vécu. Je voudrais venir
Dans un costume de mots
Pour dire à mon village
Qu'on se demande encore, à des endroits qui lui ressemblent
(Châtaigniers, la pluie, quelques paysans),
D'où on vient, qui on est? Personne a jamais trop su,
Quel sens et pas de sens
En de vieux gestes continués
Parmi ceux de la modernité?"
James Sacré, Si les felos traversent par nos poèmes? ed.J.Brémond
LES RENCONTRES DE LA FEMME RENARD
Mercredi 30 Mai 2012
Soirée Vernissage Rencontre Et Lectures
Sylvie DURBEC et Nathalie GUEN
présentent leur exposition
Smouroute
Rencontre à partir de 19h
Nous avons le plaisir d'accueillir Sylvie
Durbec et Nathalie Guen, pour une soirée particulière autour du
vernissage de leur exposition « les aventures de Smouroute, le chat
lapsus »... Sur des textes de Nathalie Guen, Sylvie Durbec a laissé
libre cours à son imagination en se servant de tous les papiers de rebut
qu'elle a pu trouver... pour en faire des collages smouroutiens...
Ce sera également une belle soirée lecture
avec des extraits de « Smouroute va à la cuisine » de et par
Nathalie Guen, et des extraits de « La Huppe de Virginia » de et
par Sylvie Durbec...
Sylvie Durbec est née à Marseille en 1952.
Elle vit entre Avignon et Tarascon dans un ancien moulin où elle a installé une
petite structure associative, visant à promouvoir la poésie, la petite édition,
et les artistes, La petite librairie des champs, à Boulbon. Poète et
traductrice, elle est aussi romancière, et auteur de nouvelles et de livres
pour les enfants.
librairie La femme renard – 115 Faubourg Lacapelle – 82000
Montauban 05 63 63 01 83 librairie@lafemmerenard.fr
vendredi 25 mai 2012
Si les felos traversent par nos poèmes? James Sacré
Le livre de James Sacré est arrivé hier, comme une surprise de fête, comme une aventure de sens. Le poète à la rencontre du carnaval, en Galice. Un livre où d'étranges "felos" traversent le livre et passent par le poème pour nous interroger. Encore une fois, il s'agit d'un voyage et de la nécessité pour le poète de tenter une écriture: celle de l'étranger accueilli" dans une intimité de cette fête de carnaval en Galice ou s'il me fait savoir que ma maladresse signe mon statut d'étranger?"
Le poète ne peut être que celui qui marche à côté et questionne ce qu'il voit et ce qu'il est au milieu des autres déguisés :"Pour dire on se demande à la fin quoi".
Comment marcher à côté des felos, c'est le poème qui va donner une tentative de réponse.
Les paillettes brillent sur la couverture conçue par l'éditeur Jacques Brémond et font de ce livre une invitation à la fête. Images et textes nous emmènent tout près d'une manière de penser la poésie comme approche des hommes et de leurs coutumes/costumes. Et le livre, dans sa matérialité même est une autre manière de célébrer l'étrange accord du carnaval et de la poésie.
Même à l'occasion des grands défilés fêtards
Organisés tenus selon que c'est prévu,
Bâle ou Rio, Nice et partout, tenus mais
Quand même à des moments, ça s'en va
comme à côté:
Un fifre et deux tambours tournent
Le coin de la rue
(Tant pis t'auras pas ta photo!) ou fifre
tout seul
Avec son costume et sa façon têtue
D'avancer dans la ville jusqu'à où on se
demande, et ça sera
Qu'un retour à sa maison, le masque ôté,
plus rien.
Si la fête au loin continue?
Le poète ne peut être que celui qui marche à côté et questionne ce qu'il voit et ce qu'il est au milieu des autres déguisés :"Pour dire on se demande à la fin quoi".
Comment marcher à côté des felos, c'est le poème qui va donner une tentative de réponse.
Les paillettes brillent sur la couverture conçue par l'éditeur Jacques Brémond et font de ce livre une invitation à la fête. Images et textes nous emmènent tout près d'une manière de penser la poésie comme approche des hommes et de leurs coutumes/costumes. Et le livre, dans sa matérialité même est une autre manière de célébrer l'étrange accord du carnaval et de la poésie.
Même à l'occasion des grands défilés fêtards
Organisés tenus selon que c'est prévu,
Bâle ou Rio, Nice et partout, tenus mais
Quand même à des moments, ça s'en va
comme à côté:
Un fifre et deux tambours tournent
Le coin de la rue
(Tant pis t'auras pas ta photo!) ou fifre
tout seul
Avec son costume et sa façon têtue
D'avancer dans la ville jusqu'à où on se
demande, et ça sera
Qu'un retour à sa maison, le masque ôté,
plus rien.
Si la fête au loin continue?
Si les felos traversent par le poème, page 13, ed.Jacques Brémond, 2012
mercredi 23 mai 2012
Le journal d'un manoeuvre, Thierry Metz
28 juillet. - Midi me ramène toujours au plus clair, à une façon d'être qui se contente d'un peu d'eau, de pain et de quelques mots. Une eau qu'on a été chercher sous la pluie, un pain qui a cheminé dans les poches de l'oiseleur, des mots qui ont gardé mémoire de ce qu'ils ont vu. On peut tresser longtemps à partir de ces brins d'herbe, faire un éventail ou un panier, une barque ou un berceau. Midi est une heure imaginaire. Tout devient possible. Car si l'homme a besoin d'outils pour trouver ses mots, il a besoin de crayons de couleur pour peupler les récits de son souffle. Et du petit singe qui est notre regard.
Midi a aussi un visage. je l'ai vu aujourd'hui, c'est un homme coiffé d'un chapeau de feutre. Je mangeais sur une planche d'échafaudage quand il est arrivé. Il m'a salué, m'a souhaité bon appétit.
(...)
Qui est-il celui-là qui porte les vêtements usés de son nom, de ses actes? qui va pieds nus dans de grosses chaussures noires?
Je décide que cet homme sans voix: c'est la mort.
Un mort qui me demande, avant de partir, s'il peut emporter les bouteilles consignées qui traînent par terre.
Le journal d'un manoeuvre, Folio, 1990
Ici je note avec émotion certains mots comme oiseleur, pain, berceau ou encore feutre. Sans oublier le petit singe, celui qu'on a dans le regard et que Sophie Podolski, je crois, imaginait sur son épaule. SD
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